Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

juin 16, 2013

Le jour où le fil sauva le lavabo...

Je passais mon temps à espérer.
Espérer que le hasard me bénisse de ces moments précieux qui font basculer les ténèbres en univers radieux.

Je la croisais quelques fois.
Forcément!
Elle était ma voisine de cette rue calme d’une banlieue tranquille, en maisons et jardins protégés où j’avais emménagé un beau matin de mai.
Un lieu privilégié, certes, qui me permettait le calme nécessaire dont j’avais besoin pour composer.
Elle habitait la maison d’en face.
Je la voyais entrer et sortir en vélo, passant le lourd portail qui cachait à la rue, sa maison d’un autre temps au creux d’un grand jardin de curé.

Il arrivait aussi que la boulangère soit témoin de notre rencontre, pour moi opportune, en son magasin ; je l’observais alors à la dérobée m’imprégnant de son parfum, me gavant de ces petits gestes qu’elle avait en me donnant un souriant bonjour étincelant.
Je restais là, étourdi par le virevolté de sa robe l’éloignant déjà alors qu’elle semblait plus danser que marcher, somptueusement simple et radieuse.
Je repartais parfois, les bras chargés de viennoiseries, de pâtisseries, de pains de toutes sortes pour le plus grand plaisir de la boulangère ravie du changement de mon achat quotidien de l’indispensable baguette.
Les canards du lac supérieur appréciaient eux aussi d’ailleurs cette inopinée bombance.

Comment faire ?

Je brûlais d’envie de lui tenir un discours insensé de flamme déclarée mais, je n’avais jamais su faire cela.
La musique était ma seule compagne.
Les mots à partager me fuyaient et me laissaient sans voix quand une ébauche d’échanges se présentait en impromptue, surfant sur un panaché de météo capricieuse associée à la tombola organisée pour les œuvres de je ne sais quoi ou encore, du chat perdu de la petite Katherina, totalement inconnue pour moi.
Elle devait me croire ours complètement désintéressé par un comportement aimable en société.
Je me désespérais d’autant de peu de civilisé.

Alors, je composais des musiques que je jouais en fort afin que les notes lui parviennent en passant par-dessus le lourd portail, de celles là qui la berceraient de ces sentiments doux et tumultueux qui me submergeaient tant.

Je ne voyais qu’elle et je pensais bien, qu’elle ne me remarquait même pas.

Le temps passa ainsi, saison après saison, sans que rien ne changea d’un iota, pour mon plus grand désarroi.

Un jour pourtant, treize mois après mon emménagement, il y eut le facteur pour une fois judicieux qui, en se trompant de boite aux lettres, me permit l’improbable.

Le cœur battant, l’émotion fichée dans le creux de l’estomac, je traversai la rue qui me séparait de ce moment que j’imaginais déjà, espéré moult fois avec la lettre égarée bien serrée entre mes doigts.

-  «  Prenez vous du sucre dans votre café ? » me lança-t-elle sur ce ton enjoué que j’affectionnais dès lors, du fond de la cuisine où je la rejoignis sans tarder.
- «  Je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir aidée pour ce fichu robinet dans le jardin. C’est vraiment un coup de chance que vous ayez sonné à ce moment là où il a explosé. On peut dire ça d’un robinet ? » rajouta t elle la voix rieuse.

Ce qu’elle oublia de préciser, c’est que la lettre que j’avais apportée, se noya littéralement sans jamais délivrer ce pour quoi elle avait été créée.

Et ce qu’elle ne sut surtout pas, ce fut que je me sentis mal comme jamais, trempé dans sa cuisine à essayer de me sécher avec la serviette qu’elle m’avait donnée plus tôt.
Une envie inébranlable de la prendre dans mes bras et de l’embrasser me préoccupaient outre mesure autant que celle de me débarrasser de toute cette eau qui m’inondait et allait me faire déborder éhontément hors de moi.
Je souris en regardant le lavabo comprenant tout à coup, ce qu’un horizon bouché peut avoir de lourd en peine frustrée.



- «  Tu sais, je ne te l’ai jamais dit, mon amour, mais j’étais fichtrement embarrassée le jour où tu es venu chez moi, pour la première fois.
Lorsque nous étions dans la cuisine.
Je préparai le café en essayant de calmer les battements de mon cœur, en me demandant si je pouvais contenir toute ces émotions qui me traversaient .
J’avais tellement envie que tu me prennes dans tes bras et j’en avais si peur aussi.
Tu aurais alors découvert ce que tu sais aujourd’hui, que j’aime être nue sous ma robe quand je suis chez moi.
Qu’aurais tu pensé de moi?
Moi qui espérais depuis tout ce temps, en collégienne, que tu m’adresses la parole, je redoutais que ma nudité découverte te laisse imaginer une légèreté qui ne me sied pas.
J’étais presque soulagée que ce fichu téléphone sonne et que cet appel important te reconduise à la porte de chez moi!
Avec la peur au ventre, pourtant, que tu ne reviennes jamais! ….» …

Et avant qu’elle n’en dise davantage, je capture sa bouche pour ce baiser délicieux qui est le notre, celui que j’ai découvert lorsque je suis revenu un peu plus tard, sec et soulagé de mon excédent d’eau, chercher mes lunettes oubliées près du sucrier.
Moi, aussi mon amour, j’ai trouvé ce coup de fil salvateur, cependant, je ne te dirai pas pourquoi.
Je préfère me souvenir, le lavabo aussi peut être, de tes fesses qui s’y posent subrepticement, de tes jambes qui m’enserrent doucement lorsque tu sautes dans mes bras. Fichtre oui, je préfère cela!

Hum, tant que j’y pense, ne dit on pas « évier » pour cet élément de la cuisine?…



-  « Que veux tu?
-  Juste toi. »


Les commentaires sont fermés.