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juin 09, 2013

De l'importance des étoiles...

Elle sortit brusquement du bosquet en s’enroulant dans le drapeau américain, cela aurait pu paraître drôle et saugrenu à n’importe qui ; mais moi, je savais quel chagrin emplissait son cœur à ce moment là.
Je savais le secret de son âme meurtrie.
Je devinais le froid qui prenait toute sa place désormais.
Les rires fusaient de partout…
- «  C’est dans la boite! »

Non mais quelle naïve tout de même de croire qu’en cet endroit, elle pouvait s’installer à sa guise dans le plus simple appareil !

Il est certain qu’on ne l’y reprendrait plus à faire confiance à ces présumés amis!
Quelle bande d’hypocrites!
Elle ne devait s’en prendre qu’à elle-même après tout, elle avait une certaine habitude qu’on lui raconte des histoires et elle avait tellement foi en la bonne nature humaine qu’irrémédiablement, elle croyait et invariablement, la déception montrait le bout de son nez.

Alors là, drapée dans cette étoffe de liberté, elle se sentait la plus stupide de la terre et se faisait la promesse idiote du « jamais plus » .

Je partageais cette idée ayant fait les frais si souvent des inventions réputées drôles de mes relations amicales supposées.
La naïveté a un charme fou, parait il, et mes yeux verts s’arrondissant aussi bien que ma bouche en oh! de surprise, déclanchaient toujours des trésors d’inventivité pour ceux là que je côtoyais et pour moi, du rouge seyant mal à ma rousseur excessivement impulsive, faisant cascader en vibrato mes boucles jusqu‘au bas de mon dos.

C’est pourquoi, je n’avais pas réfléchi, je lui avais tendu le drapeau que j’avais trouvé dans cette boutique au cours de ma journée de shopping destinée à trouver « le » cadeau original pour l’anniversaire de ma meilleure amie.
Je conservai certes, déchiré, un joli papier d’emballage et je n’avais plus qu’à espérer que le commerçant possède en stock, une deuxième bannière étoilée…

L‘esprit pratique, me caractérisant, me susurra d‘aller ramasser les affaires de la fille, qu’elle n’oserait sans doute pas revenir sur ses pas mais serait bien ennuyée de ne pouvoir rentrer chez elle et de perdre, en plus, tous ces trucs importants tels que ses cartes diverses, téléphone et autres clefs.

Je rassemblai le tout et me mis en quête de l’inédite statue de la liberté en cavale.
Nous étions dans le parc du château, elle n’avait pas dû aller bien loin.
Je l’imaginais d’ailleurs assez mal, déambulant en si peu de conformité avec la bienséance tolérée dans cette ville embourgeoisée.
Je la découvris dans une contre allée ombragée, assise en pleurs sur un banc isolé.
Je m’assis près d’elle sans mot dire en posant ses affaires entre nous et en lui tendant un mouchoir jetable.
Elle se moucha sans élégance et s’habilla fort prestement en ne me jetant pas un regard.
Lorsqu’elle referma la boucle de son ceinturon sur son jean délavé, elle se leva, se planta de son mètre soixante cinq en face de moi et tout en me remettant le paréo improvisé qu’elle venait soigneusement de plier, m’invita à l’accompagner boire un café.

Elle avait un délicieux accent chantant du sud assorti à ses mèches brunes qui s’échappaient mutines autours d’un visage rieur où plissaient des yeux noisettes.
A la voir ainsi, dressée dans le soleil de juin, l’on avait du mal à imaginer la fille effrayée s’esquivant plus tôt complètement déboussolée.
Elle était étonnante de vitalité et incroyablement bavarde !
Je découvris, qu’au bout du compte, elle aurait su revenir et se débrouiller sans moi!

N’importe qui nous croisant à ce moment là, aurait pensé à des amies de longue date, éclatantes de vie et insupportables d’optimisme flamboyant.
En deux temps et trois mouvements, je sus presque tout sur elle, en pêle-mêle et le pourquoi de sa mésaventure.
Elle était en villégiature chez son cousin Antoine.
Elle se mariait en septembre avec l’homme le plus merveilleux du monde et désespérait de trouver, dans sa haute Provence natale, la robe dont elle rêvait .
Elle avait donc imaginé que la capitale s’imposait et avait oublié le caractère blagueur de son cousin de l’ouest parisien qui ne manquait pas depuis l’enfance, de la mettre dans des pétrins invraisemblables.
Elle ne s’était pas méfiée, à trente cinq ans passés, de l’idée incroyable de nudité autorisée dans un parc fermé de la ville.
La naïveté en fossettes dessinées, a de quoi ravir le cœur des anges et bousculer en éclats, les rires, c’est plus que certain .
Ça n’était qu’une loufoquerie de plus et elle m’assurait qu’elle tiendrait sa revanche.

C’était un moment agréable, ce café attablé en heureuse complicité, j’oubliai presque que ma vie était bien plus terne et silencieuse malgré les ponctuations surprises qui la jalonnaient de ci, de là.

Au moment des au revoirs, l’on se jura de ne pas en rester là et de se préparer d’autres instants plaisants avant son départ.
C’est à cet instant que ma vie bascula.
-  «  Alors ma Sylvie, ravie ? Pas trop fâchée ? Je savais bien que je te trouverai ici! » lança une voix si enjouée et si belle que mon cœur sursauta.
En me retournant, je sus que plus jamais je ne mettrai en doute quelqu'un me signifiant d’avoir confiance en son étoile, voir en l’occurrence ici, plusieurs.


-  «  Mon amour! »
Et je vois, levant les yeux de mon ordinateur, en divine apparition mouillée, l’homme que j’aime, enroulé dans cette serviette oubliée, faisant rebondir fièrement et joyeusement les étoiles de ce drapeau.
J’entraperçois le délicieux inopiné dressé en instant gourmand.

L’histoire en cours attendra, mon important n’est pas là.



-  «Que veux tu?
-  Juste toi. »

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