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juin 29, 2013

En approche d'été...ou presque ...

Si j’avais pu imaginer, il y a une semaine, que farniente à la plage sous soleil de plomb me donnerait envie de rentrer et retrouver du gris moche teinté de froid, je me serai traitée de fichue timbrée.

Les mois ternes s’accumulaient depuis, me semblait il, des lustres et mon raz le bol d’autant de noirceur m’avait conduite à un départ précipité, en dernières minutes, pour un choix de séjour au top du soleil, sur l’île de beauté.
Avec un distinguo pourtant, je villégiaturerai pour une semaine côté plage et pas en haut de ma montagne habituelle, bien à l’abri du touriste déglingué de la réalité se permettant tout et n’importe quoi car loin de son petit chez soi.

Je voulais cette fois, être écrasée de chaleur, étendue là sur sable brûlant, face à la mer, à ne faire rien d’autre que dorer.
Ce qui était stupide, lorsque j’y repense maintenant, car avec ma peau soleil tolérance zéro de rousse exacerbée, je ne m’étais jamais aventurée sur une plage à moins qu’il ne soit fort tôt le matin ou tard le soir.
Comme quoi, le froid et la vie sans éclat conduisent à des coups de tête en digne écervelée.

J’étais assise au bord du lit, en ce troisième matin, à me demander ce que je pourrai bien faire de moi jusqu’à une heure plus décente pour ma peau afin de satisfaire une soif d’aventure sur la mer, bien installée sur un matelas pneumatique à me laisser dériver.
J’avais ce besoin inextricable de me sentir partir, lâcher prise complètement et cette idée de me laisser porter par les flots avait un goût d’irrésistible.

Le soleil titillait déjà allégrement la nature environnante, la laissant craquer après l’exubérante rosée qui l’avait si bien alléchée avec une saveur douce.
La mer, plus loin, ondulait mollement, ses vaguelettes s’avachissant en plumes poussées délicatement par un souffle léger.
L’odeur était belle.
La vue était à couper le souffle.
Fichtre que c’était bien malgré tout d’être ici!
Fichtre qu’il aurait été doux de courir nue et cheveux au vent pour communier avec cette magie là…
Désappointée, je coulais sous la douche en remerciant les fraîches gouttelettes d’apaiser l’impatiente ardeur qui me tenaillait de toute part.
Le reste de la journée passa vite en fait, m’étant mise en tête de photographier des touristes en bouts afin d’impressionner plus tard sur la toile, une certaine idée de souvenirs de vacances.

Lorsque le petit vent frais me saisit en faisant tourbillonner le voilage alors que je refermai la porte de ma chambre, je sus que le moment était pour moi, venu.
Je m’empressais de me glisser dans ma tenue spéciale plage, maillot et chemise en lin, et en deux temps trois mouvements, je posais ravie le matelas sur la mer et le poussais un peu plus loin, m’y allongeant sourire aux lèvres, paix au cœur de pouvoir enfin satisfaire mon envie.
Je fermai les yeux pour ne plus penser.

Bien sûr, quand la pluie se fit plus forte et qu’à califourchon sur mon radeau de fortune, j’essayais désespérément de voir à quelle distance je me trouvais de la plage, j’ai trouvé l’idée bien moins agréablement séduisante.
Les vagues s’en donnaient à cœur joie avec l’imbécile qu’elles avaient là pour lui montrer qu’elles savaient aussi se la jouer sur le mode déchaîné.

Je dois bien avouer, même si je suis une nageuse émérite, je n’en menais pas large car c’est de celui là, en point perdu dont je ne pouvais maîtriser la notion qui me collait une frousse horrible en goût terrible de désespoir.

C’est la gorge nouée que je me mis à chanter, quitte à faire dans la stupidité, il fallait y aller carrément et puis, on ne sait jamais un son qui voyage ou qui se répercute quelque part, sur quelque chose, quelqu'un…
A vrai dire, je n’étais plus en état de penser.

C’est ainsi qu’il me découvrit : une espèce de folle s’époumonant en massacrant sans vergogne le titre phare de Titanic, accrochée désespérément à son bout de plastique, le regardant fort étonnée avec des yeux immensément ronds.

Je ne l’avais pas entendu approcher sur son scooter des mers tellement concentrée à ne pas sombrer dans l’eau devenue bien agitée et si noire, ma foi.
Mon cher matelas ne résista pas davantage.
Au moment, où j’enjambai et me collai sans aucune pudeur contre ce sauveteur sorti de nulle part, le plastique se dégonfla, ni tenant plus d’autant de courage, et coula en un grand pschitt petit fracas.

Incroyablement, c’est le moment que choisit la mer pour se laisser caresser par le soleil soudainement réveillé de sa sieste tardive par des nuages taquins, qui la darda promptement de ses rayons délicieusement forts, sachant que c’est ainsi qu’elle tombait en pamoison et cessait toute agitation en illico presto.
Le temps s’arrêta, l’été reprit ses droits tout de go.
N’ayant pas eu sans doute mon comptant d’eau ou voulant y mettre une touche plus personnelle peut être, je me mis à sangloter crescendo malgré ce rassurant réconfort retrouvé fortissimo.
Je me collais davantage.
Son odeur me rassurait et mes larmes s’en furent ailleurs se promener, glissant sur son dos sur lequel, résolument, je ne voulais que rester.
Mon sauveur mit alors le contact, poussa sa machine et nous ramena au plus vite et sans effort sur le sable où je m’écroulais les bras en croix et me mis à faire l’ange, histoire d’en rajouter encore, s’il avait eu le moindre doute, quant à ma cervelle grillée et noyée de stupide patentée.
Je me sentis vraiment pitoyable à moitié ensablée en ne tendant vers lui, qu’un merci et au revoir tandis que tout le reste de moi protestait avec véhémence d’un départ de cet acabit là.
Je m’enfuyais quasiment pour rejoindre ma chambre sous l’œil effaré du réceptionniste me voyant déposer, en toute impunité, des kilos de sable dont je me délestais sur le carrelage immaculé, dans ma course presque effrénée.

La porte de la cabine de douche se referma doucement et je ne sentis sur ma peau que la chaleur délicate de l’eau si douce.
Hum, il sentait si bon…


J’ai décidément un don pour attirer des filles timbrées!
Quoique je m’en fichais un peu.

Je la comprenais en fait.

Lorsque la mer avait commencé à vouloir se bouger sur un autre mode que belle bleue alanguie, je m’étais dit que c’était l’occasion pour une sensation autre, une de celle qui n’attend pas, vous donnant envie de dompter les éléments pour laisser libre chant à l’adrénaline qui ne demande qu’à se pousser en plus fort, en plus haut.

J’étais plutôt bien servi à surfer sur les vagues farouchement réveillées avec ce joli puissant joujou que l’on m’avait prêté pour l’occasion et que je n’avais pas pu tester en situation autre que sur mer résolument calme, autant dire, d’un mortel ennui.
Là, je m’amusais comme un fou et si je n’avais pas coupé le moteur histoire de prendre la mesure des impressions collées en brut, je ne l’aurai jamais entendue.
Sauver une fille sur mer démontée, ça c’est un truc surprenant de vacances à raconter ou pas, car au bout du compte, en faire état pourquoi ?
Pas trop mon genre en fait, ça n’intéressait que moi.

Je la regardai maintenant partir en me souvenant de cette curieuse sensation que j’avais eu quand elle s’était collée contre moi, celle étrange que ça allait de soi avec le désir que ça ne s’arrête pas.
La vie est mal fichue, pour une fois que j’avais envie de connaître une fille, elle était si sans dessus dessous qu’elle m’avait déjà oublié, en s’éloignant déjà.
Zut.


- « Les passagers en direction de Paris sont invités à se présenter à la porte 3 » .

Au final, ça passe vite une semaine.
Je m’installe le plus confortablement possible en espérant me coller dans les bras de Morphée jusqu’à mon arrivée à Roissy.
Je ferme les yeux, accompagné sereinement de Pachelbel.

-  «  Ah, mon Dieu!
Quelle maladroite!
Je suis vraiment navrée!
Excusez moi!
Je suis si empotée quelques fois, souvent, en fait.
Mon sac est fichtrement lourd en plus, vous n’avez pas mal ?
Je suis désolée, si désolée!
Oh, c’est vous!
C‘est enfin vous!!! »

Ses yeux ne regardent que moi, me voient enfin.
Et alors qu’elle essaye de ranger son fichu bagage, je me redresse soudain, lui enlève des mains et la prend dans mes bras pour ce baiser que j’aurai déjà dû lui donner l’autre fois.
Il sent toujours bon.
Et fichtre que ces lèvres sont délicieusement douces.



-  «Que veux tu ?
-  Juste toi. »


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