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février 11, 2013

En sainte feinte libre ...

Je tenais fermement ce stylet, pris sur son bureau, entre mes doigts.
Il fallait que je réussisse au premier coup sinon, je ne maîtriserais plus rien, il serait plus difficile d’arriver à cette fin désirée et je n’aurais plus qu’à rendre les armes.
Je me tenais bien collée, en tout contre ce mur si froid.
Retenant ma respiration.
Maudissant ce parfum que j’avais posé avec beaucoup de soin.
J’avais déjà fendue ma robe en soie très haut, au dessus des cuisses de manière à obtenir cette liberté de mouvements qui me serait si nécessaire, incessamment.
Bientôt, je serai en lui.
Poussée par cette envie exigeante de sautiller en bien pour que se réalise l’aspiration suprême de cet épos insensé.

Fichtre!
Je m’étais collée dans un sacré imbroglio!

Je déteste la saint valentin, non pas parce que je suis célibataire.
Je déteste toutes ces fêtes qui obligent les moutons à suivre, acceptant la tonte, en oubliant que l’on vit son histoire, pas celle des autres et qu’un truc emballé à date dédiée ne génère rien de plus que quelques zéros en moins, avec prise de tête sévèrement compliquée.
Alors pour éviter toute sorte de matraquage alambiqué, j’ai choisi sur une carte, à la mode « piquer du crayon l’endroit » et là, ça a donné Vallorcine, petit village de Haute Savoie.
Je ne connais rien à la montagne mais après tout, il faut bien commencer un jour.

Je m’enquerrai des modalités de réservation de voyage, de séjour et je bouclais tout pour la date de départ choisie, quatre jours avant leurs réjouissances en cœurs comptés.


Ce fut épique forcément, demandez à une fille de la mer de s’improviser un tête à tête avec la neige tombant drue et le froid vraiment très froid à mille deux cent mètres d’altitude, en ne misant que sur les transports, vous aurez pour résultat, une sympathique déconvenue à nez rouge, de surcroît, se précipitant sous la couette pour oublier tout ça.


Le lendemain, en revanche, éclatait de soleil dans un bleu posé sur un blanc si idyllique que j’en fermais les yeux, tellement éblouie par toute cette pureté.
Je me risquais à sortir malgré tout : il faisait beau, j’allais enfiler ce qui devait l’être pour ne pas être gelée et tout irait pour le mieux dans le meilleur des cantons possibles.
Fichtre que c’était beau!
Fichtre que ça me collait presque mal à la tête, j’avais le vertige enfoncée dans huit centimètres de neige! 
Fichu mois de février!
Je décidais de la jouer prudente et profiter plutôt du côté bien être de ma réservation, le temps de m’acclimater un tantinet.


Passèrent deux jours et au troisième, l’envie de voir plus haut ce qu’il se passait me tenailla farouchement.
On m’avait parlé d’ours, on m’avait mis l’eau à la bouche avec une histoire de grotte et de faux monnayeur du temps passé, il n’en fallait pas plus pour aiguiser ma curiosité.
Je décidais de tenter l’aventure si elle voulait bien de moi.

J’avais fait mes débuts de ski en cinquième, lors d’une classe de neige que l’on avait réitéré trois années de suite, dans le collège breton de ma presqu'île. Autant dire une éternité que je n’avais glissé mes petons dans de tels engins de torture!
Mais bon, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Je crois simplement que la peur de tomber aide plus que tout à rester d’une vigilance exemplaire.
Qui aime avoir mal?
Je m’étais bien équipée, je pouvais même me payer le luxe de me perdre, j’étais parée à tout, c’était en tout cas, ce que je croyais en me lançant tout de go.

Lorsque trois heures plus tard, je débarquais sans crier gare au milieu d’un espèce de jardin d’hiver, après un vol plané de cinq secondes environ, en me demandant ce qui avait pu provoquer cela tandis que précédemment, je dévalais nonchalamment, en hors piste certes, cependant libre et le coeur léger.


Je m’extirpais de la plate bande de fleurs écrasées, découvrant que je m’en tirais avec des bobos qui deviendraient sûrement bien bleus mais sans aucun autre mal que celui d’être navrée pour la mort végétale causée.
Où étais je tombée?
Je me mis à l’aise, enlevant le surplus qui me gênerait sûrement dans mon exploration des lieux.
Je le vis alors que je me prenais les pieds dans ce fichu pantalon en atterrissant une nouvelle fois sur mon séant lassé cette fois d’aussi peu de bonne disposition.
Il me regarda à la fois amusé et quelque peu excédé de découvrir une intruse aussi peu encline à respecter la vie privée.

Je pense que j’ai rougi mais je ne vis que ces yeux, son sourire et puis plus rien, une douleur  intense et le noir absolu.

Lorsque j’ouvris les yeux un peu plus tard installée dans un canapé moelleux devant la douce chaleur d’un feu de cheminée, je me pris à rêver à des vacances merveilleuses telles que je les avais imaginés.
Je me sentis à la manière du chat ronronnant, auprès de l’âtre rougeoyant, heureux de vivre.
Je me pelotonnai encore plus profondément dans cette douceur bienfaisante et me rendormis.
A mon réveil suivant, la nuit était tombée et il était installé non loin de moi, dans un fauteuil. Vivaldi avait lancé son printemps. Je me sentais revigorée, prête à repartir vers ma villégiature qui m’attendait en bas.
Le bémol était que j’étais bien incapable de retrouver mon chemin dans le noir ; cependant, je ne voulais rien lui laisser voir et me lançais dans une tirade insensée sur la nécessité de rentrer.
Je retrouvai les yeux rieurs qui m’expliquèrent la vanité d’un tel projet et l’intérêt à rester après m’être assommée, en me relevant toute à l’heure, au seul belvédère du jardin, en me montrant la chambre fermant à clef qu’il mettait à ma disposition pour la nuit.
Je souriais.
Il avait raison.
J’étais assez nulle en fait et il valait mieux la dérouler en prudence.

Il est photographe et a la passion de l’architecture.
Il a fait construire ce chalet particulier, tout déstructuré, qui permet ce jardin farfelu et si incongru en pleine montagne dans lequel, je suis tombée pour cause de panneaux ouverts sous le soleil.
C’est un lieu presque magique lorsque l’on s’y trouve, la vue est d’une magnificence ahurissante.

Je comprenais la démarche tout en appréciant le vin qui accompagnait le délicieux dîner qu’il nous avait préparé.
Je l’enviais sans retenue en me convainquant pourtant, que le spectacle de l’océan avait quelque chose de moins monotone de la fenêtre de ma propre maison.
Il fallait bien que je trouve des défauts à tout ça car je me sentais déjà encline à sauter dans ses bras et à vouloir qu’il ne me lâche pas.

Est-ce que ça se voyait lorsque l’on tombait en amour ?
Je ne voulais pas de ce sentiment là.
Il semblait détruire la plupart et laissait de l’amertume dans les souvenirs de ceux qui racontaient leurs histoires passées.
Non, sans façon, je préférais passer mon tour.
Alors, je fis ce que je faisais toujours quand quelqu'un s’intéressait à moi, je me montrai une idiote de casse pieds à la puissance V.
Il y avait une seule différence : j’éprouvais un intérêt sans limite pour lui, une envie d’être avec lui, toujours.

Zut.

J’allais me coucher dépitée et fort perplexe en tournant la clef dans la serrure de cette jolie chambre.
C’était inconvenant.
Tout me plait ici, je dis bien tout.
Mais lui, je le suivrai même sans rien.

La curieuse que je suis, se mit à ouvrir les armoires et dans l’une d’entre elles, je découvris une robe somptueuse en soie rouge au décolleté indécent de chute de reins. L’envie de m’y glisser se fit forte et en ni une, ni deux, je me contemplais dans le miroir en prenant la pose.
Il semblait que cette merveille fut cousue pour moi.
Ce fut à ce moment là que j’entendis des éclats de voix, des bruits sourds venant de plus bas.
Attentive, je guettais les sons en déverrouillant la chambre désormais éteinte afin d’aller vérifier les raisons de ce tintamarre peu rassurant.
La maison était plongée dans la pénombre.
J’attendis que mes yeux s’habituent et captent les rais de clarté qui s’échappaient des divers appareils connectés.
J’atteignis la grande pièce où nous nous trouvions toute à l’heure.
J’entendis un râle provenant de cette forme étendue par terre.
Mon imagination dansa une samba effrénée et je me transformais en chat, les sens à l’affût de la moindre parcelle d’information.
Ca s’agitait dans le jardin extraordinaire, éclairé par chance par une lune en bon quartier, à défaut de ronde.
Il y avait là un type sombre qui furetait dans la platebande que j’avais massacrée plus tôt. Il rouspétait ou grommelait ; de ma position, je n’entendais pas assez clairement.
Une exclamation et encore un grand bruit sourd d’un corps tombant au sol?
Que se passait il ici ?
Le silence maintenant régnait depuis dix bonnes minutes.
Il fallait que je trouve une arme, quelque chose pour me défendre.
Je revenais sur mes pas et entrais dans le bureau éclairé par l’écran du mac.
Il y avait un stylet, sûrement à usage de coupe papier, à moins que ça ne soit mon imagination qui me lançait encore sur des pistes hasardeuses et que l’inverse soit à considérer comme vrai : ce coupe papier deviendrait mon stylet.
Je m’aventurais à l’extérieur, prête à m’approcher au plus près.
Je découpais la robe en fentes sur les côtés, bien échancrées.
Et là.

Tout s’illumina en lumière vive et crue!
On me jeta un énorme

« SURPRISE!!!!!!!! »

Et on s’arrêta aussitôt en me regardant avec beaucoup d’attention.

Le « on » était une vingtaine et se mit à babiller bruyamment en braillements.
Il surgit comme un diable de sa boite en riant et en demandant ce que tous faisaient là.
Ni tenant plus, je m’affalais là, en coquelicot coupé, et tant pis pour ce qui se passerait, ça serait sans moi.
J’ouvris les yeux à nouveau dans ce douillet canapé sous le regard inquiet de mon hôte.
Je sais, je n’arrêtais pas de me la conter en Aurore, en espérant ardemment qu’il me donne le baiser réveilleur révélant ce qui doit l’être.
Et c’est ce qu’il fit.
Et je sus alors que tout est simple, que je le suivrai pour le reste de ma vie.


- « Que veux tu?
- Juste toi ».


Ah oui….
Sa sœur vivait avec lui dans cette grande maison.
C’était son anniversaire et en ce jour naissant de saint valentin, ses amis avaient décidé de lui préparer une surprise impromptue.
J’avais tout vu de travers, le coup du belvédère et l’alcool aidant, assortis au peu de lumière sans doute…
La sœur, par contre, n’était pas là, elle était partie rejoindre l’homme qu’elle aimait, à Florence.


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