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avril 26, 2014

What is this ? C’est le camembert! Sacrifié de surcroît…

Daphné est la plus insupportable des filles que je n'ai jamais connue, cependant, je ne peux vivre sans elle.

Elle m'exaspère souvent mais me surprend toujours, au moment où je décide de lui dire adieu, par une pirouette touchante, de celle là qui m'a fait craquer le jour où je l'ai rencontrée.

Pas le temps de m'ennuyer avec elle, toujours celui de m'inquiéter de ses absences soudaines accompagnées de ses silences insupportables ou d'être émerveillé par autant de douceurs exquises à mon encontre, attentions inopinées aux détours de rendez vous improvisés par elle, à seul fin de satisfaire mon goût de la diversité.

Il est vrai que je n'ai cessé de lui dire, depuis nos premiers rendez vous, que je déteste la monotonie des habitudes et le collé serré étouffant de l'un avec l'autre, tout le temps, partout et en tout lieu...
Ca me donne l'impression de perdre cette liberté chérie que j'aime tant.

Pourtant, avec elle, j'ai envie d'essayer, de goûter plus en avant le mélange de nos temps, partager plus que quelques heures grappillées ici ou là, selon nos plannings imposés par nos métiers périlleux pour les vies à deux.
J'ai du mal à l'admettre, c'est vrai, mais cette fille me manque et je présente tous ces fichus signes de dépendance quand elle est loin de moi.

C'est ainsi qu'elle fait ce qu'elle veut de moi et que je me retrouve comme un imbécile dans ce métro de la ligne numéro une, avec un camembert bien fait, acheté chez mon fromager, pour le pique-nique de nos retrouvailles qu'elle a organisé aux Buttes de Chaumont par cette belle journée de mai qui se donne des allures de juillet tellement les degrés constatés sont improbables.

Je ne pouvais pas le lui refuser.
Elle me revient après deux mois d'escapades en Amérique du nord à vérifier les circuits proposés par son agence de voyage et, c'est elle qui le dit, elle a du mal à vivre sans deux choses, j'en connais une, odorante à souhait à cet instant, et pour l'autre, je n'ai que des pistes.

J'aurai certes préféré la retrouver en toute intimité, dans le délicieux de son nid douillet imaginé ou, entrave à nos accords, dans celui plus austère de mon appartement près de Saint Paul.
Là, retrouvailles sous le soleil...
La tête me tourne déjà de m'imaginer la prendre dans mes bras, rendant encore plus inconfortable aux entournures, la position en mâle fustigé que j'occupe déjà dans ce métro où la prochaine station fort heureusement, est celle de ma correspondance.

Je comprends mes clients venant me consulter, me déclarant souffrir simplement de leurs voyages en wagon.
Outre le désagrément de la promiscuité non désirée, il faut aussi supporter les regards désapprobateurs des métro-trotteurs mal fichus de penser en bien par l'étroitesse de leurs vues.
Alors, je dénoue et je débloque toutes ces tensions produisant ces maux à vivre mal et triste et fichtre, ils sont nombreux ! Je refuse tous les jours des patients malheureux.

Pour l'instant, je me faufile prestement hors de l'arène car la chaleur n'aide en rien ma surprise Normande qui a elle aussi des velléités à vouloir s'épandre et se répandre ici et maintenant, autrement qu'elle ne le faisait jusqu'à présent.
Il faut que je sorte du réseau et trouver un contenant adapté.

La boulangère me sourit tandis que je me précipite à nouveau vers le métro.

Encore un changement et elle sera tout contre moi, enfin !

-" Fernand, tu ne me croiras jamais !
Je viens de vendre un emballage pour nos glaces à un type qui se ballade avec un camembert par ce temps !
Pour un pique-nique !
Et il a oublié sa baguette !
Les gens sont fous avec cette chaleur ! " .

La ligne 7b est bondée. 
Le parc va être pris d'assaut par les parisiens prisonniers de la capitale en envie furieuse de villégiature rurale.
Mon fromage, même ainsi emprisonné, donne de sa présence plus que je ne le voudrai .
Pourtant là, je m'en fiche un peu, j'ai le cœur qui bat bien plus vite et bondir, gravir tous ses escaliers et la retrouver enfin, sont mes seules priorités.

La sonnerie de mon téléphone me cueille à la sortie avec éclat de lumière en prime, pour m'annoncer un message reçu, il est d'elle :
"  J'ai essayé de nous trouver un coin sympa mais c'est le mauvais jour alors j'ai posé la couverture du pique-nique dans mon salon.
Je n'ai eu que ton répondeur depuis toute à l'heure.
Tu me rejoins chez moi, à Saint Jacques ? ".

Je redescends encore plus vite, la tête en feu, le corps en tumulte.
Encore trente minutes.

Lorsque je sors du métro à Luxembourg, elle m'a envoyé son digicode.
Je pousse la porte lourde.
L'ascenseur est en panne.
Trois étages à grimper.
Respirer.
Je sonne et m'annonce espiègle  en " livreur de camembert!"
La porte s'ouvre sur rires enjoués.
Elle n'est vêtue que d'un chapeau de paille.
Respirer.
La boite à fromage contenu tombe, en disgrâce, à terre avec le couvre-chef défait tandis que, ravissante souriante désirée, elle me saute dans les bras, m'enserrant de ses jambes au plus prés, sa bouche éclairée du rire de ses yeux, avide de baisers que je capture sans hésiter.
Et doucement fort furieusement en délicieux, nous laissons le temps ne parler que de nous et s'égarer.


Nb :  Je suis désolée du sacrifié car il faut bien le dire, la chaîne du froid ayant été définitivement brisée, il eut été déraisonnable de s'entêter à le déguster.
Mes excuses donc, aux producteurs de tout fromage pour les sévices infligés.


- " Que veux tu ?
-  Juste toi. "

en made in moi

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